Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

Samedi 16 janvier 2010 : Découverte d'Apt et ses environs

Le Pont-Julien

 

   En ce samedi frisquet de janvier, c'est par une présentation du Pont Julien que nous avons débuté nos visites dans la région d'Apt. Situé entre Goult et Bonnieux, sur le Calavon, ce pont est probablement le mieux conservé de tous les ponts de la voie domitienne. Cette voie, établie à partir de  118 av. JC, devait relier l'Espagne à l'Italie en passant par Briançon et Turin, sur le tracé d'une voie bien plus ancienne. Il s'agissait d'une voie stratégique où les ponts, les gués et autres ouvrages importants étaient… légion.

Un dégueuloir du pont

Ce pont, très bien conservé donc, est construit en pierre locale provenant du Luberon voisin. Le pont est en dos d'âne, son arche fait 16 mètres de large sur 11 mètres de haut, deux dégueuloirs à bonne hauteur permettent d'imaginer la violence des crues de la rivière. On peut voir des trous importants au niveau de la base de certains blocs, il s'agit du résultat d'un pillage de l'époque médiévale : on aller chercher les agrafes métalliques joignant les pierres entre elles, et pour cela il fallait percer les blocs.

Trous de récupération du métal
  Le pont est à dater de la période augustéenne, entre 3 av. JC et 10 ap. JC. On aperçoit ici est là les traces d'un autre pont, daté, lui, du deuxième ou Ier siècle av. JC. (assises taillées dans le rocher…).
Les fondations d'un premier pont 

L'église de Saint-Pantaléon

   Après un dernier coup d'œil au pont, nous partons pour Saint Pantaléon, non loin de là, pour voir les abords de l'église du village. L'église est datée du XIIème siècle. Tout autour, au sud et à l'est, des tombes sont creusées dans le substrat rocheux, comme à Saint Blaise, Montmajour ou Saint Roman. Un grand nombre sont de très petite taille, probablement pour des nouveaux-nés.
 

   Une inscription gravée sur la partie extérieure de l'abside indique le nom d'une des personnes inhumées (Lecto) et permet de dater une partie des tombes (VIème siècle).

De Sortie archéo Apt 16-01-2010

Certaines présentent des encoches céphaliques et même le coussinet permettant de faire reposer la tête du défunt. On a aussi pu constater la présence de trous de forme quasiment carrée, correspondant soit à des trous pour urnes cinéraires, soit à des trous de poteaux supportant un auvent. La question reste ouverte. L'emplacement de la dalle est très visible sur plusieurs tombes, ainsi qu'une rainure permettant l'évacuation de l'eau de pluie.

Les trésors souterrains d'Apt

De Sortie archéo Apt 16-01-2010

    Nous partons ensuite pour Apt où nous attend Patrick de Michèle, l'archéologue qui a mis au jour les vestiges du théâtre antique. Derrière la cathédrale, il nous fait une présentation d'Apt antique. La ville occupe un site important sur la voie domitienne. Un camp romain a probablement précédé une ville apparue vers la fin du Ier siècle av. JC. Son nom pourrait venir d'un terme, « Apta », renvoyant à un lieu de culte, auquel on aurait ajouté « Iulia » qui rappelle les difficultés rencontrées par César avec le peuple local des Albiens. Plusieurs siècles plus tard, la présence de l'empereur Hadrien est attestée par l'existence d'une inscription commémorant la mort de son cheval, découverte au XVIIIème siècle et indiquant le lieu « ad turres », à rapprocher du quartier des Tourrettes, où pourrait donc se trouver le mausolée du cheval d'Hadrien. On peut aussi penser que la découverte dans les vestiges du théâtre de trois sculptures d'époque romaine mais au style hellénistique prononcé (caractéristique de l'art des Antonins), est un indice probant de la venue d'Hadrien à Apt. Mais dès cette époque, une grave crise économique dans la région va entraîner l'abandon des zones urbaines, la cité ne sera pas entretenue et les destructions progressives ne seront pas réparées. Des inondations vont accélérer le processus et la cloaca maxima de la ville sera obturée pour ne plus jamais être débouchée.   

  La plus importante découverte archéologique des ces dernières années sur Apt, est celle des vestiges du théâtre. La visite des caves de bâtiments entourant la cathédrale va nous permettre de mieux appréhender la complexité de ces vestiges. Le théâtre a été construit sur terrain plat, ce qui constitue un exploit technique rendu possible par l'utilisation de matériaux légers dans les structures et par l'usage de l' opus caementicum qui venait d'apparaître à Rome, la construction ayant été achevée sous Tibère ou Claude. Le théâtre devait mesurer 80 mètres sur 60, et contenir entre 5000 et 6000 spectateurs.

De Sortie archéo Apt 16-01-2010

  Les vestiges les plus emblématiques sont ceux de la fosse à rideau, longue d'environ 40 mètres. Le rideau devait faire environ 30 à 32 mètres de long sur 3.50 mètres de haut et servait à créer un simple écran derrière lequel on effectuer divers changements scéniques. La scène devait faire 9 mètres de profondeur. La décoration du mur de scène n'était pas en marbre, comme à Orange par exemple, mais en pierre locale. Les vestiges découverts sont donc dans leur état originel. Sous les Antonins, la scène a été ornée de sculptures dont nous avons parlé, représentant un cortège dionysiaque. Il semble patent que le théâtre a été par la suite transformé en amphithéâtre par destruction du mur de scène, ce qui permettait d'avoir une arène, mais avec des tribunes toujours semi-circulaire (les gradins du théâtre).

    La charge de responsable du théâtre a été probablement maintenue lors des périodes de déclin de la ville, et l'un d'entre eux a dû faire jeter les sculptures de la scène, décapitées, derrière la fosse à rideau, endroit où elles ont été découvertes. On en ignore la raison. Cette fosse a été ensuite protégée, recouverte de dalles, et une communauté paléochrétienne s'est installée sur les vestiges. L'occupation ne s'est ensuite jamais interrompue. Ainsi, sur les dalles couvrant la fosse, on a découvert un mur paléochrétien appartenant à un édifice long de 17 mètres. C'était un édifice important, avec un dallage, des décorations assez simples mais importantes. Au-dessus, on peut constater la présence d'une couche de cendres, puis d'un amas de tuiles. Il peut s'agir de la première église d'Apt qui aurait été détruite par un incendie, daté par les analyses de 555 ap. JC. Le mur est en « opus africanus », c'est un témoin des toutes premières communautés chrétiennes installées ici, peut-être venues d'Afrique (des donatistes ?).

Jean-Rémy TURGIS 


25/02/2010
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi