Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

Samedi 10 octobre 2009 la villa gallo-romaine de Saint-Pierre de Vence à Eyguières

Le compte rendu de la sortie ArcheoMEd du 10 octobre 2009

la villa gallo-romaine de Saint-Pierre de Vence

à Eyguières

 

 

Il faut visiter Saint-Pierre de Vence à Eyguières, pour le cadre, qui est très beau, comme pour le site, qui est passionnant. Nous étions une vingtaine le 10 octobre à découvrir ou redécouvrir l'endroit, désormais très clairement lisible, et parfaitement nettoyé par l'équipe des bénévoles.

Pour rejoindre le site: à partir du centre d'Eyguières, prendre la route d'Eygalières, qu'on quitte rapidement pour s'enfoncer par le Vallon des Glauges au cœur du massif des Alpilles. Là, au centre d'une plaine dominée d'un côté par le Mont Menu, de l'autre par l'oppidum de la Patouillarde, on finit par découvrir les vestiges d'un ensemble thermal.

C'est là que Michel Poguet nous accueille et nous présente le site dont il est l'inventeur (premiers dégagements en 1993, à partir d'une photo aérienne de 1973).

Chronologie de l'ensemble du site: les hommes du néolithique ont laissé là des traces (période chasséenne, 4000 av JC), on les y retrouve plus tard, au premier Age du Fer (VIe-Ve av JC) à l'oppidum de la Patouillarde, puis à la fin du Second Age du Fer (IIe-Ier av JC) au Mont Menu. Pour la période gallo-romaine, on connaît le nom d'une peuplade, les Caenicenses, dont le « vicus » (petite agglomération) semble localisé à deux pas du site fouillé; une nécropole des IIe-IIIe siècles; et bien sûr le site proprement dit de St Pierre de Vence, qui apparaît au IVe siècle, et sera occupé jusqu'au Xe siècle. C'est une très longue séquence d'occupation, rare en Provence.

Plan général de la villa: elle s'organise en quatre ailes autour d'une grande cour centrale. La découverte de dolia laisse à penser que les ailes latérales étaient des zones de stockage de denrées, huile et vin entre autres (une grande huilerie a été localisée à quelques mètres plus au sud). Au nord devaient se trouver les pièces d'habitation, la « pars urbana ». Le secteur sud est le seul à être entièrement fouillé, double ensemble thermal correspondant à deux époques différentes.

 

La visite de la villa: l'entrée, avec son seuil monolithe; les thermes, à l'est, de plan « italique linéaire », c'est-à-dire toutes les pièces en enfilade: praefurnium, caldarium, tepidarium, frigidarium, vestibulum, ainsi que deux pièces, dont l'une avec un aménagement particulier, un système de chauffage au sol par un réseau rayonnant d'air chaud: peut-être une palestre chauffée, selon un spécialiste des thermes, Alain Bouet. Quelques espaces couverts ou non, peut-être des galeries, dont un avec un puits en pierre utilisé jusqu'au Xe siècle, et dans lequel ont été retrouvés plusieurs vases en argile ainsi que, plus rares, deux seaux en bois.

A l'ouest de l'entrée, deuxième ensemble thermal, plus simple, datant du VIe siècle, ce qui est exceptionnel dans notre région.

Les autres ailes attendent d'être fouillées, sous une mince couche de terre encore récemment labourée.

Michel Poguet nous emmène ensuite un peu plus loin vers l'ouest, en lisière d'un petit bosquet, où, en bon pédagogue, il nous laisse formuler toutes sortes d'hypothèses sur quelques vestiges de murs. C'est qu'on a complètement changé d'époque: on est ici en présence d'un enclos du très haut Moyen-Age, aux VIIIe-Xe siècles, avec silos de stockage, où l'on a retrouvé plusieurs outils, couteaux, serpes etc, témoignant d'activités agricoles. Vestiges d'autant plus intéressants que cette période aussi est mal connue en Provence. Un beau programme de fouille et de mise en valeur pour les années à venir...

Mais la visite ne saurait se terminer sans un petit plus, en fait un gros plus: ce joli puits en pierre, fermé par une plaque de tôle. Nouveau silence amusé de Michel Poguet, nouvelles hypothèses, la solution enfin: un puits bien sûr, antique, du Ier siècle de notre ère (?), avec un beau motif d'applique provenant d'une « situle », un récipient de bronze (pour en savoir plus sur cet objet, sur les rituels princiers de l'Age du Fer, voir l'exposition de Bibracte en 2008: «Situles, images d'un monde disparu»). Mais les données de la fouille n'étaient pas si simples que cela: comment expliquer la présence des restes de huit personnes, entourés de quinze têtes de chiens toutes disposées de façon identique, avec un magnifique bois de cerf, plusieurs vases en céramique, et un as en bronze brûlé? C'est que le puits, probablement asséché, avait été réutilisé comme sépulture en fosse. Il s'agit d'une sépulture collective, secondaire puisque les corps n'étaient pas complets, datant du milieu du IIIe siècle de notre ère. Ce type de sépulture en fosse n'est pas une pratique courante à l'est du Rhône: encore un élément qui fait de St Pierre de Vence un site exceptionnel dans la région.

D'autres tombes ont été localisées, certaines fouillées, dans les environs immédiats: des tombes à inhumation, orientées nord-sud, probablement des VIe-VIIe siècles, surmontant une nécropole de l'époque du Mont Menu, aux IIe-Ier siècles avant notre ère, tombes à caissons, tombes à incinération.

Prospection

Après un pique-nique à peu près encagnardé (le mistral était de la fête ce jour-là), on était encore une quinzaine à se lancer dans une séance d'initiation à la prospection.

Le terrain n'était pas labouré, mais le résultat montre que même dans ces conditions on peut obtenir des résultats significatifs, à condition de choisir un endroit pas trop envahi d'herbe. Intéressants aussi bien pour les néophytes en archéologie en général, en céramologie en particulier, que pour les collègues déjà plus à l'aise et qui souhaitent programmer une sortie de ce type avec leurs élèves.

L'ensemble du matériel recueilli, mis en commun, a été trié, classé, commenté par Jean-Pierre Pillard.

-typologie: différenciation entre pierre et céramique, ce qui n'est jamais évident au début; parmi les pierres, un fragment de meule de basalte (qui permet d'aborder avec des élèves la question de la transformation des produits agricoles), et une lame de silex néolithique ( problèmes de chronologie, en particulier la Préhistoire, et le Néolithique, et question des outils préhistoriques)

-céramologie:

° repérage des fragments de tuiles (tegulae, imbrex): la question des matériaux de construction, celui des toits en particulier

° dolium (nombreux fragments, facilement repérables), et amphores (par chance, un demi col d'amphore italique du Ier siècle avant notre ère): le stockage et le transport des denrées alimentaires, grains ou liquides; commerce et importations.

°vaisselle: un échantillonnage divers, forcément incomplet, mais déjà très parlant: un beau morceau de campanienne, quelques (petits) fragments de sigillée sud-gauloise (La Graufesenque), de la sigillée claire B avec traces d'engobe, de la sigillée dite « africaine de cuisine », de la commune non tournée protohistorique etc.

 

Un grand merci à Michel Poguet pour la présentation de ce site encore mal connu du grand public, à visiter absolument. A coupler avec une promenade dans les Alpilles, pour un programme d'une journée.

Pour en savoir plus, reportez-vous à la notice illustrée rédigée par Michel Poguet, avec une aquarelle de J.M. Gassend:

http://www.lescheminsdupatrimoine.org/fouilles-et-recherches-archeologiques/46-la-villa-gallo-romaine-de-saint-pierre-de-vence

Jean-Pierre Pillard



22/11/2009
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