Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

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Samedi 9 octobre 2010 - Le plateau de Vernègues et Château-Bas

1) Le plateau de Vernègues

(visite commentée par Jean-Pierre Pillard)

 

 

Ce samedi 9 octobre 2010, dans la matinée, Jean-Pierre Pillard nous a permis de découvrir les aspects les plus méconnus du plateau de Vernègues, sur les pentes duquel on peut encore voir les traces du vieux village détruit par le tremblement de terre de 1909. Nous avons d’abord fait le tour du château, qui date, dans son aspect actuel des 13ème-14ème siècles. Il est ensuite revenu à la famille Damian, du 15ème siècle à la Révolution. Le tremblement de terre l’a en grande partie ruiné. Auparavant, le site était occupé depuis fort longtemps puisqu’on y a retrouvé de la céramique protohistorique. En face, au nord-est, s’élève une butte sur laquelle se trouvait probablement un second château cité dans les textes. Dans le « creux » qui s’ouvre au sud-est, la plaine est riche en vestiges antiques. Une grande villa y a été repérée, le chantier du TGV a permis de découvrir des vestiges importants dont certains sont liés au site de Château Bas qui sera l’objet de la visite de l’après-midi. On trouve autour du château des habitations troglodytiques contemporaines du château ou antérieures. Certaines ont pris place dans d’anciens silos taillés dans le roc et réaménagés. Un fossé sépare le château du reste du plateau.

 

 

Le plateau est nu, désolé, mais il est parsemé de tessons de céramiques d’époque romaine, un mur difficilement datable le traverse de part en part. Deux étymologies sont possibles pour Vernègues : il peut s’agir d’un dérivé du mot Arverne (des populations venues d’Auvergne y aurait été sédentarisées au 2ème-3ème siècle) ou bien d’un dérivé de « verne », l’orme en provençal (mais l’endroit est peu humide, sauf, peut-être en contrebas, vers le site de Château Bas). Un coup d’œil sur la plaine qui s’étend au nord-ouest permet de constater que les traces du cadastre romain sont encore quelque peu visibles dans l’orientation des champs, de certains chemins, et dans le jalonnement régulier du paysage par des « monuments » plus ou moins importants et correspondants à des points de repères du cadastre. On aperçoit au pied du plateau le village d’Alleins et son château du 11ème siècle reconstruit en 1496 et qui vient de faire l’objet d’une fort intéressante étude. En cheminant vers le sud ouest, on traverse une zone parsemée de tombes creusées dans le roc, avec parfois des trous circulaires où l’on avait probablement déposé des urnes funéraires. Un peu plus loin, des blocs épars indiquent l’emplacement de la chapelle Saint Saëns, autrement appelée Saint Abdon. On peut la dater du 10ème siècle, mais il est probable que dès les temps mérovingiens s’élevait là un sanctuaire. Des fonds de cabanes du chalcolithique sont repérables ici et là, avec des excavations circulaires (foyers ?) ou rectangulaires. Sous les falaises, à l’ouest du plateau, on remarque une amorce de gouffre, comblé, qui passait pour l’une des nombreuses grottes de « la cabre d’or », appartenant à une légende provençale liée au trésor des Sarrasins. Il se trouve encore des personnes qui affirment avoir pu entrer dans l’aven jusqu’à un lac souterrain avec un autel sur un rocher. Cependant dans les années 1930, un maire soucieux de sécurité a fait dynamiter l’entrée, depuis on ne peut plus y pénétrer. Il n’en reste pas moins qu’une inscription mystérieuse est gravée sur la paroi rocheuse au-dessus de l’entrée (TIIR), et qu’une croix non moins énigmatique se trouve sur les rochers formant l’entrée du gouffre.

 

 

 

 

 

                                                                                                                  

Quoi qu’il en soit, tout autour du site, c’est un chaos de roches ruiniformes, de murs éboulés, où les traces d’occupation parfois fort ancienne sont nombreuses (du néolithique à l’époque médiévale). En remontant par un très beau chemin empierré, on retrouve des fonds de cabanes, des trous de poteaux, on remarque aussi des vasques creusées dans la roche pour récupérer l’eau. La plaine qui s’étend à l’ouest du plateau de Vernègues est elle aussi occupée depuis la nuit des temps : vestiges néolithiques, villa romaine avec thermes, voie à ornières bordées de tombes d’époque romaine, rarissime habitat de l’an mil, chapelle construite sur un foyer gaulois du 6ème siècle av. JC, présence d’un canal ayant servi à drainer les eaux stagnantes du centre de la plaine (romain ou médiéval ?)…

 


 

2) Le site de Château Bas

(visite commentée par Sandrine Boularot)

 

L’après-midi est consacré à la visite du site de Château Bas par l’archéologue Sandrine Boularot. Le domaine viticole est construit sur un site gallo-romain (une agglomération du 1er siècle avant JC) lui-même installé sur un site protohistorique. Les vestiges sont donc innombrables. Le monument le plus spectaculaire est le temple. C’est le troisième temple le mieux conservé de Gaule narbonnaise, il n’a pas été restauré et se trouve donc dans son état d’origine (1er siècle avant JC). Au nord du château, une cave moderne a été construite, ce qui a permis de mettre à jour les vestiges d’une antique cave à dolia, ayant fonctionné jusqu’au 6ème siècle. Le site n’est réoccupé qu’au 17ème siècle. Mais jusqu’au milieu du 20ème siècle, seul le temple était connu, considéré comme un monument isolé « dans la nature », alors qu’il est lié à l’agglomération du 1er siècle avant JC. Il est construit sur un terrain en très forte pente qu’il a fallu rattraper : on a donc construit une terrasse pour le temple, elle-même appuyée sur des murs de soutènement qui permettaient de rejoindre le niveau inférieur (4 à 5 mètres plus bas) constitué par une vaste aire à portique. Derrière le temple, on peut encore très bien voir une aire semi-circulaire, délimitée par un mur en « petits moellons » qui s’appuie sur la colline. Le mur soutenant le podium, à l’avant du temple, a été détruit, ce qui a provoqué un ravinement et a donc vidé le soubassement. L’absence de certains blocs facilite cependant la compréhension de la construction du temple : des trous sur les faces supérieures et inférieures des blocs indiquent qu’on a utilisé un appareil permettant de les ajuster un à un au plus près (la construction est à joints vifs), on peut en déduire que tout a été fait en « une fois », en tournant pour revenir au point de départ, de ce fait le chantier apparaît comme particulièrement homogène. Les chapiteaux ont probablement été taillés par des tailleurs de pierres locaux, formés par des maîtres venus de Rome, à l’occasion des programmes monumentaux de la région (Arles, par exemple). On peut s’interroger sur la date de construction du temple, mais qui se situe dans une fourchette allant de 40 à 20 av. JC. La raison de sa présence sur ces lieux n’est pas évidente, mais il est peut-être possible de la lier aux nombreuses installations hydrauliques du site, qui pourraient remonter à la fin de l’âge du fer, vers le 2ème siècle avant JC. Il y aurait donc là un lieu de culte lié à l’eau, « récupéré » ensuite par Rome qui en a peut-être fait un sanctuaire dédié à des divinités de l’eau. Les pèlerins n’ont donc jamais cessé de venir en ces lieux. Plus tard, on y a probablement associé un lieu de culte impérial (une tête de Néron aujourd’hui disparue y a été découverte).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

A proximité, une agglomération s’était donc développée, on y a trouvé de la céramique du 2ème siècle avant JC, des vestiges d’ateliers de verriers (1er siècle avant JC). Avec la construction du temple, le site a dû voir sa fréquentation exploser, et sa taille en conséquence. En contrebas du temple, vers le nord, un bassin est alimenté par un aqueduc qui part en direction du temple, avec vaste chambre de captage. C’est un grand bassin datable du 1er siècle avant JC. Le système bassin/temple est très peu fréquent et confirme la présence d’un culte de l’eau. On a trouvé sur tout le site neuf piliers décorés de « bâtons » droits ou ondulants. Ces piliers ne servaient visiblement pas à soutenir quoi que ce soit, mais ils sont datés du 1er siècle avant JC. Leur destination est totalement inconnue à ce jour. Dans le château quelques pièces présentent des objets de tailles diverses découverts fortuitement ou au cours de fouilles : une tête de femme provenant probablement d’un mausolée antique (remontée sur un corps datant peut-être du 17ème siècle), des chapiteaux du 1er siècle avant JC, un dolium, un chapiteau avec représentation de tête, des inscriptions…

Une chapelle s’élève sur le flanc est du temple. On sait qu’un sanctuaire a été consacré fin 11ème, début 12ème siècle par des évêques. La taille de celui qu’on peut voir aujourd’hui laisse perplexe quant à un si grand honneur. En réalité, une colonne très au-dessus du toit de la chapelle indique qu’une église beaucoup plus haute s’élevait à cet endroit, non pas dans le sens du temple (N/S) mais dans le sens de la chapelle (E/O). Elle se trouvait probablement au-dessus de la chapelle, qui se trouvait donc être une crypte (d’où le nom de Saint Cézaire, vénéré pour ses reliques placées dans une crypte). Un escalier est encore visible « dans » le temple antique menant à une porte aujourd’hui comblée. L’église a dû tomber en ruine, et la crypte a été transformée en chapelle, mentionnée tardivement dans les textes. A l’intérieur de la chapelle des marques de tacherons sont lisibles sur un grand nombre de pierres.

 

 

Jean-Rémy Turgis

 

 

Comment y aller ?

 

Vernègues : Depuis la D7n entre Lambesc et Pont-Royal, suivre la direction Vernègues. Aller au parking du Restaurant Le Repaire à Vernègues (traverser le village de Vernègues, suivre la direction « vieux Vernègues» jusqu'au bout de la route, à 900 m: parking). Le vieux village est en vue ! Montez, puis contournez le château, vous êtes arrivés sur le plateau.

Le temple de Château-bas : Se rendre à la Cave de Château-Bas (sur la D7n, ex N7, entre Lambesc et Pont-Royal, en traversant le hameau de Cazan, prendre la direction de La Barben, suivre la route de Château-Bas sur 1,3 km). Se garer sur le parking de la cave et suivre les flèches. 



18/10/2010
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