Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

les Journées de Saint-Blaise 14-18 mai 2013

Un Forum réussi


Vue de l'assistance pendant le forum des lycéens et collégiens


Disons le simplement: l´Agora des savoirs du 14 mai a été un succès. Toutes les classes étaient présentes, malgré les problèmes de transports - une longue ligne de grilles où s'accrochaient les panneaux colorés des élèves, des tables couvertes de maquettes et autres fac-similé - deux-cents chaises occupées face au podium - des élèves parfois intimidés parfois boostés par le micro - des parcours entre les ateliers, des formateurs passionnants à la manœuvre (il faut dire qu'on les connaît bien: Fac-Similé est un vieux routier du partenariat scolaire).

Fabrication de cordages et engins de pêche

(Toomaï Boucherat, association Fac-similé

La céramique non tournée

(Christian Trubert, asssociation Fac-similé)

 

Mobiliser sept classes venues d'horizons si divers en si peu de temps était une gageure: le réseau ArcheoMEd fonctionne. Merci aux collègues qui ont accepté de se lancer si tard dans cette aventure; merci à toute l'équipe de Jean, Vincent, Sandrine et les autres, que nous connaissons bien depuis le temps qu'ils encadrent nos stages de formation; merci à Bernard Calvia, responsable du site de St Blaise, et à tout le personnel de la CAPM, pour la mise en place de la logistique, qui n'était pas une mince affaire (à Arles, la mobilisation du Service Éducatif était égale, mais les problèmes de logistique plus simples). Merci à la DAAC, qui accompagne notre action depuis toujours, au SRA et à la DRAC, pour leur aide financière.

La journée Éducation-Culture

La majorité des collègues contactés sont venus. Sous la houlette de Christiane, et en présence d'Emmanuelle Auboin Déléguée Académique au Patrimoine, ils ont pu observer le déroulement du Forum, prendre des idées d'activités ou de réalisations pour leurs élèves, passer d'un atelier à l'autre (cordages et fibres végétales, poterie au colombin, construction d'un mur en terre, frappe manuelle de monnaies, découverte d'un jeu sur la construction des paysages en Provence, technique antique du pressoir à olives etc).


L'atelier de numismatique: les outils

(Service Archéologique de la ville de Martigues)

 

L'huile d'olive comme au temps des Gaulois: reconstitution d'un pressoir à huile

(Denis Del Palillo et l'équipe de l'atelier du Patrimoine de Martigues)

 

Plus de détails à propos du Forum et de la journée Éducation-Culture sur le site de l'Académie.



Un colloque passionnant

 

S'il est vrai que l'idée a germé dès 1937, avec les premières découvertes d'Henri Roland (Jean a retrouvé un vieux numéro de l'Illustration qui en témoigne), on peut dire qu'il aura fallu soixante quinze ans pour qu'on s'en saisisse sérieusement.

Mais cette lenteur aura peut-être été une chance pour Saint-Blaise: arrivé tard sous les feux de l'actualité, le site va pouvoir bénéficier des expériences déjà menées.

Et c'est dans cette perspective que de nombreux intervenants, d'horizons très divers, sont venus apporter leurs témoignages, qui furent et qui seront autant de pistes de réflexion pour les aménagements à venir.

Un vrai carnet de voyage

C'est à un beau voyage que ce colloque nous a invités! Local d'abord, avec St Blaise et Tholon. Régional, avec Aix (le théâtre antique de la Seds), le projet Hortus à Arles, Olbia (par M. Sciallano, en présence de Michel Bats), Nice (le site du Château), le Pont du Gard, Lattara (Lattes). On a élargi notre horizon, avec Bibracte, Evreux, St. Romain en Gal, Ambrussum et la Voie Domitienne, Eauze (Gers). On a franchi ce qu'on appelait jadis des frontières, pour un petit circuit catalan: Ullastret, Gerone, Puig de Saint Andreu...

Des points de vue complémentaires

Comment concilier, dans un projet d'aménagement, les impératifs de l'archéologue, de l'architecte, de l'élu? de l'historien, de l'aménageur, de l'économiste? du pédagogue et de l'Office du tourisme? Sans oublier, comme le fait remarquer judicieusement quelqu'un dans la salle, le point de vue du visiteur... L'un des intérêts de cette rencontre aura été ce croisement de regards, dû à la diversité des intervenants comme à la curiosité du public.

Des choix complexes

C'est un architecte, Gilles Marty (l'agence INCA à Grenoble), qui évoque d'emblée la difficulté de lecture d'un site archéologique: que montrer? comment le montrer?

L'intervention ultérieure de Nuria Nin ne manquait pas de sel, le choix fait pour le théâtre antique de la Seds, dans une perspective budgétaire, étant... le ré-enfouissement.

A un autre niveau, B. Sabatini (U. d'Aix), s'est attachée à montrer comment les approches du Patrimoine pouvaient s'opposer selon qu'on lui accorde une valeur d'histoire ou une valeur d'ancienneté, et comment la réflexion de l'Europe sur le Patrimoine est biaisée par son approche exclusivement économique.

L'exemple d'Olbia a été l'occasion de poser le problème de la restauration des vestiges: faut-il, et comment, restaurer les murs liés à la terre? (on aurait pu citer les restaurations-reconstructions de l'Abbé Sautel à Vaison...)

Sur le musée, se pose la question prioritaire de sa vocation. St. Romain en Gal, au départ musée de site, est devenu de fait musée gallo-romain. Question comparable pour le futur musée d'Olbia, pris entre deux logiques incompatibles: la spécificité du site (seul exemple de site grec en milieu indigène), et la réalité de ce qu'on voit (seule l'époque romaine est visible).

Site et paysage - entre "respect du lieu" et "invention du paysage"

Les vestiges de Bibracte sont recouverts par une forêt: pour l'aménagement des lieux, comment concilier la déforestation (nécessaire) et le respect de "l'esprit du site"?

Même question, à propos cette fois d'un musée: l'objectif de celui de St. Romain en Gal était clairement de respecter "l'esprit du lieu", les concepteurs revendiquent l'exemplarité du résultat.

A propos de Lattes, il ne s'agit plus de mise en valeur, mais de "site inventé"

Au bout de la logique, on a Hortus, à Arles: hippodrome végétalisé, il s'agit carrément de l'invention d'un paysage.

Les sites et le public

La présentation du Pont du Gard, sa politique tarifaire pour le moins controversée, ont entraîné un débat sur l'accès des publics au Patrimoine

Les intervenants catalans (Ullastret) ont souligné l'importance de la prise en compte de l'environnement social et culturel, les écoles en particulier.

Les outils qu'ils proposent aux publics sont divers, entre panneaux explicatifs, "fausse fouille" et montgolfière: le temps a manqué pour en débattre.

A propos de la médiation, on s'est interrogé aussi sur son principe même: pourquoi ne pas laisser aux gens la possibilité de rêver simplement sur le site? et d'accéder au Patrimoine par l'émotion, non par l'explication (les textes de Philippe Jacottet ont souvent été évoqués).

Un aspect en tout cas fait l'unanimité: la nécessité d'un projet territorial. Le beau site d'Ullastret est une étape sur la "Route des Ibères". Comment ne pas concevoir St. Blaise comme une étape dans un parcours plus large, une "route" à définir?



Et pour l'avenir?

 

A Saint-Blaise, tout est à faire, à partir d'un potentiel exceptionnel.

Les expériences présentées par les intervenants, questionnées ou débattues par le public, ont apporté, comme on pouvait l'espérer, toute une série d´éclairages qui sont autant de pistes pour les futurs aménagements du site.

Une première certitude concerne sa vocation, déjà choisie par le SCOT (Schéma de Cohérence Territoriale): St. Blaise sera un objet patrimonial, pas touristique.

Il restera à préciser la place particulière de l'Ecole dans cette perspective, mais de nombreux projets sont déjà régulièrement montés par les établissements scolaires de l'Académie avec l'atelier du Patrimoine de Martigues, et l'Agora des savoirs était un exemple concret, et réussi, de ce partenariat.

Alors, si on se doute bien que les grands projets demandent du temps, on peut au moins parier sur le court terme: un nouveau Forum l'an prochain...





23/04/2013
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