Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

Samedi 9 mars 2013 : oppidum du Castellar

Samedi 9 mars

Visite du Castellar de Cadenet (Vaucluse)

  par Delphine Isoardi, chercheur au CNRS

 

Une journée particulière : après la visite de l'oppidum, nous avons participé au dégagement d'une partie du rempart.

 

 

 

Pour cette sortie d'ArcheoMEd, nous étions une petite vingtaine. On annonçait une météo du genre grincheux, finalement c'est sous un vrai soleil printanier que nous avons déambulé parmi les pins et les chênes kermès, quelques chanceux ont même pu ramasser les premières asperges...

Pour gagner le Castellar, il faut le vouloir: ne pas rater la petite route à gauche sur la route de Pertuis (panneau "Christmas"), ne pas se tromper en haut du raidillon (tourner à droite aux panneaux "Chambres d'hôtes" et"Poney-Club"), éviter les troncs d'arbres abattus par le dernier coup de vent, négocier les ravines de la piste (Delphine nous avait prévenus pour les voitures trop basses, mais on ne s'attendait pas à voir chauffer les moteurs...). Les deux derniers kilomètres sont moins problématiques, on contourne quelques flaques de boue, on n'oublie pas de prendre à gauche au niveau de la citerne des pompiers, et puis le chemin s'arrête! La suite, c'est à pied, seaux, pelles, truelles et sécateurs à la main, on longe un grand champ de galets labouré où quelques pousses d'un vert tendre essaient de faire croire qu'elles deviendront du blé, et tout au bout à gauche, quelques vestiges de murs embroussaillés: nous y voilà.

Le Castellar est un site d'oppidum comme les autres, un éperon dominant au sud la plaine de la Durance, barré au nord par un rempart.

Alors, pourquoi le visiter? après Entremont, La Cloche, Roquepertuse et Constantine, après les Caisses de Servanne, St Blaise et le Verduron, les oppida ont-ils encore des secrets pour les membres d'ArcheoMEd?

Évidemment la réponse est oui, pour plusieurs raisons.

D'abord pour les données anciennes, et ce qu'elles suggèrent: la dédicace à une certaine Dexiva, quelques éléments d'architecture monumentale, une structure de combustion, peuvent évoquer un lieu de culte à une divinité locale, ce qui est pour le moins très rare (rappelons que la reprise récente des fouilles de Roquepertuse a rendu caduque l'interprétation de ce site comme sanctuaire régional).

Pour certains aspects de son système défensif:

-le mur du rempart: bien que moins spectaculaire que le mur "grec" de St. Blaise, c'est un très beau travail, un bel appareillage de pierres taillées avec des ruptures d'angles pour une meilleure assise, et l'utilisation de la technique du fléchissement de cordeau.

-l'angle nord-est est arrondi, l'absence d'angle offrant une meilleure résistance aux coups de bélier ou de boulets de catapulte.

-particularité du site: la présence d'un "agger", (terrassement) de plusieurs mètres de haut et quatre mètres de large, pour conforter le rempart à l'intérieur, et servir d'espace de circulation. La pente qu'on constate actuellement est peut-être volontaire, permettant aux défenseurs de se rendre facilement au sommet du rempart en cas d'attaque. C'est une énorme masse de terre et de galets qu'il a fallu transporter, indice d'une organisation sociale fortement hiérarchisée qu'on connaît bien pour l'ensemble du monde celtique à cette époque.

-un large fossé protégeait le mur au nord-est

-au nord, il semble bien qu'il y ait un avant-mur de protection (voir St. Blaise).

-une rampe permet actuellement d'accéder au site par le nord-ouest, mais rien ne prouve qu'elle soit antique. Une longue terrasse étroite à l'est pouvait évoquer un accès par ce côté, mais les sondages effectués dans ce secteur en ont éliminé l'hypothèse.

S'agit-il d'un habitat?

-les fouilles n'ont pour l'instant donné que de maigres indices d'habitat. Sur ce site signalé depuis longtemps mais qui n'avait jamais connu que des fouilles sauvages ou clandestines, le démarrage d'un vrai programme pluri-annuel de recherche apportera peut-être des éléments de réponse.

Un intérêt chronologique

Plusieurs éléments (céramiques, carbone 14) concordent pour situer l'occupation entre 200 et 30 avant notre ère. Ce qui fait de cet oppidum un site tardif: il ne s'agit pas de la persistance d'une tradition ancienne, d'un archaïsme hérité de formes de vie préhistorique, mais d'une implantation nouvelle, postérieure de plusieurs siècles à l'arrivée des Grecs à Marseille, probablement contemporaine de la crise née entre les Massaliotes et les peuplades de l'arrière-pays. On sait que c'est cette période d'insécurité qui aboutit à l'appel à l'aide des Romains par les Massaliotes, et à la destruction de la plupart des oppida par les troupes romaines.

Le Castellar de Cadenet semble construit et abandonné à cette époque. Comme Entremont, c'est donc un témoin de l'arrivée des Romains en Provence.

Dernière raison (ultima nec minima): une promenade très agréable.

On n'est pas obligé de monter en voiture (mais il faut connaître les sentiers), on se retrouve sur un plateau aéré offrant une belle vue sur la Durance... Cherchez-y ce curieux poste de chasse circulaire percé d'une série d'ouvertures à ébrasement. Surtout ne manquez pas le très beau cabanon (XVIIIe?) à l'extrémité sud de l'éperon, construction carrée en blocs de calcaire coquillier taillés à bossages dans un pur style médiéval...

Et si d'aventure vous trouvez sur place l'équipe de Delphine Isoardi au travail, et que les mains vous démangent, sachez qu'elle accueille toutes les bonnes volontés: au- delà des vingt mètres que nous avons débroussaillés samedi sous sa direction, il reste beaucoup à faire pour pouvoir réaliser un relevé complet des vestiges.

 

Jean-Pierre Pillard



03/02/2013
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