Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

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Samedi 6 octobre 2012 : Prieuré de Carluc et Forcalquier

Sortie à Carluc et à Forcalquier

  

Carluc

 

Par un bel après-midi de début octobre, nous avions rendez-vous devant le prieuré de Carluc dans les Alpes de Haute-Provence, entre Apt et Forcalquier.

 

 

Ce complexe religieux médiéval se caractérise par la présence de trois églises mitoyennes, imbriquées dans des constructions rupestres, le long d’une barre rocheuse qui domine une source.

 

C’est probablement à cette source que le lieu doit sa plus ancienne fréquentation, la Via Domitia passant d’ailleurs à proximité, mais c’est en 877 que l’on trouve pour la première fois le nom de « Karlioco ». Le chemin de Saint Jacques (Camin Roumieu) ayant pris la succession de la Via Domitienne, le passage des pèlerins a permis au site de se développer notablement. Une charte de 1011 fait mention de Saint Pierre de Carluc, au sujet d’une donation à un abbé de Montmajour nommé Archinric. Le sanctuaire est d’ailleurs fortement lié à Montmajour, comme l’atteste le nom des trois églises qui se sont succédé: Saint Pierre, Saint Jean-Baptiste et Sainte Marie, saints que l’on retrouve dans le sanctuaire arlésien. Au XIVème siècle, Carluc connaît son apogée avec une quinzaine de prieurés ruraux sous sa dépendance. La peste noire, des procès coûteux font péricliter le prieuré. Cependant des vestiges importants sont encore visibles au XVIIIème siècle.

 

Sainte-Marie est la mieux conservée, mais il n’en reste que le chœur, la nef ayant été détruite. Saint Jean-Baptiste est très détruite, quant à Saint Pierre, il n’en reste rien. Au nord du site, la roche est taillée, une partie a servi de carrière, mais il y a aussi une grotte ancienne, aménagée, qui a peut-être été l’ermitage primitif du site, il y a aussi un autel taillé dans la roche, à proximité de la source qui jaillit de la falaise. A ce niveau, deux murs partent vers l’est sur une dizaine de mètres, vestiges de l’ancienne église Saint Pierre. Au sud, l’église Saint Jean-Baptiste est constituée d’un hypogée de six mètres de long environ, et d’une galerie d’une bonne dizaine de mètres, voûtée, dont certaines colonnes, trapues, ont été conservées, mais pas sur place. Dans la partie hypogée, on trouve des tombes anthropomorphes de remarquable facture. L’une d’elle présente une partie « accessible » par les pèlerins, il s’agit peut-être de la sépulture d’Archinric.

 

  

Sainte Marie, l’église la plus au sud, est la mieux conservée. Elle sert aujourd’hui de chapelle. Il ne reste que le chœur, fortement remanié au XVIIème siècle (photo 14), et les vestiges d’une tribune encore visible à l’extérieur du sanctuaire, vers l’ouest, et qui se trouvait dans la nef.

 

   

  

 

 Forcalquier

 

 

La ville n’a pas de vestiges romains, mais on a trouvé des traces d’une présence celto-ligure sur la colline qui domine le bourg. On peut penser que l’endroit devait servir de lieu de rencontre, de marché, dans l’antiquité, comme l’indique le nom de Bourguet (Notre Dame du Bourguet). L’église la plus ancienne de la ville est l’église Saint-Mary (Saint Marius), datant du Xème siècle. Forcalquier donnait alors son nom à un immense comté dont elle fut la capitale administrative pendant deux siècles, jusqu’au début du XIIIème siècle. Le comté fit ensuite partie du Comté de Provence. En 1066, chose rarissime, une cocathédralité sera instituée entre Forcalquier et Sisteron. En 1236, le couvent des Cordeliers est construit, et bientôt, au XIVème siècle, la porte des Cordeliers viendra prendre place dans l’enceinte qui s’érige pour se protéger des Routiers et de la peste. Dans le quartier de la porte des Cordeliers, on trouve l’ancien quartier juif qui possédait sa propre synagogue. Le palais des Comtes de Provence, remanié au XVIIème siècle est devenu palais de justice, jusqu’à ces dernières années. Il abrite actuellement des associations.

Après les places aux grains et aux œufs (voir en particulier la fontaine St Michel), la rue Marius Debout présente de belles façades, parfois ornées de gypseries, comme « la maison aux masques » (quatre masques représentant les quatre saisons) datant du XVIIIème siècle.

  

 

 

Etonnante diversité de ces façades qui racontent à elles seules toute une histoire de l'architecture domestique, y compris dans la variété du traitement des toits . Un petit beffroi s’élève au-dessus d’un quartier de forgerons, pour que ceux-ci puissent entendre aussi la cloche sonnant les heures, au milieu du tintamarre qui les empêchait d’entendre celle de la ville.

 

  

 

 

Dans la rue du collège, s’élevait un temple protestant dès le XVIème siècle. Plus haut s’élève l’ancien collège, dont le premier recteur est cité en 1483. Le collège forme un ensemble avec l’hôtel du consul Astier, et l’on peut voir entre les deux bâtiments une cour à l’italienne de la fin du XVème siècle- début XVIème.

 

On a pensé autrefois que le nom de Forcalquier venait de l’expression « Four à chaux », mais la citadelle étant construite sur une dalle calcaire surmontant une colline de safre possédant une source, il faut probablement considérer que l’étymologie est « Font calcaire ». La citadelle a été érigée vers l’an mil. Elle était totalement imprenable (notamment grâce à la source). Elle a donc été la cible de toutes les agressions (bombardement en 1481, guerres de religion…). Les lieux étant dangereux, les habitants décidèrent de la détruire peu à peu, et de se servir du chantier comme carrière. Il ne reste plus qu'une esplanade, à laquelle on accède par une belle calade.

 

 

A la place, au XIXème siècle, en pleine renaissance provençale, on décide de construire la chapelle Notre Dame de Provence. En dessous, on peut apercevoir les quelques vestiges de l’ancienne cathédrale Saint-Mary. Mais dès le XVème siècle, c’est Notre-Dame du Bourguet qui deviendra cathédrale, Saint-Mary étant trop vétuste. A côté de Notre-Dame de Provence, s’élève une curieuse construction : ce qui reste d’un carillon construit en 1926, et beaucoup plus important à l’époque. Une restauration est à l’étude, pour redonner de la voix à ce carillon. La cathédrale actuelle date du XIIIème siècle. C’est à l’origine une église romane, mais le gothique s’impose assez tôt aux bâtisseurs, peut-être sous l’influence de la femme de Saint Louis, qui appartenait à la famille de Forcalquier, et qui a pu transmettre des goûts nouveaux pour l’art gothique.

 

 

Ce fut une bien belle journée ensoleillée, qui nous a permis de découvrir un joli coin de Provence regorgeant de richesses médiévales, car entre Carluc et Forcalquier, nous sommes passés devant le prieuré de Salagon, et à quelques kilomètres de Forcalquier s’élève, au-dessus de la vallée de la Durance, le magnifique prieuré de Ganagobie.



04/11/2012
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