Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

Samedi 15 novembre 2008: Les Caisses de Servanes

Samedi 15 novembre 2008 :

visite des Caisses de Servanes,

avec Yves Marcadal
 

Un site archéologique important mais d'abord un cadre naturel de toute beauté.

Une fois tout les participants arrivés... nous nous rendons sous la conduite de M. Marcadal sur le site, par une montée dans un fond de plaine de toute beauté entre des reliefs carstiques.

Les traces d'un rempart marquent l'entrée du site archéologique. Les Gaulois se sont installés dans ce lieu pour profiter de sa situation géographique, les falaises permettant de fermer le site et d'avoir un point de vue sur l'ensemble des plaines attenantes.

 

Sur le chemin, M. Marcadal nous raconte l'histoire de la découverte des Caisses de Servanes. Encore une fois, on retrouve Fernand Benoît, archéologue bien connu de toute la Provence antique,  qui le premier fouilla ce site. Dès 1933, Il dégagea un rempart et mis au jour des vestiges d'un habitat du Vème siècle avant J.-C.

Dans le rempart, comme souvent chez les Gaulois du Midi, on retrouve des stèles remployées et sur ces blocs taillés, de tailles variables jusqu'à 1m80, des gravures représentant des chevaux et cavaliers, main à la crinière ou à l'encolure ou avec un javelot.

Cette iconographie peut être interprétée de plusieurs manières et bien sûr nos Gaulois ne nous ont pas laissé le mode d'emploi. On peut supposer que l'image du cheval est du domaine sacré par le caractère psychopompe qu'on lui attribue pendant l'Antiquité.

Comme à Entremont ou Roquepertuse, la présence de guerriers à cheval semble aussi être le signe de l'émergence d'une aristocratie guerrière à la fin de l'âge du bronze et au début de l'âge du fer dans les sociétés indigènes du midi de la Gaule.

Bien sûr, le remploi de ces stèles dans le rempart n'est pas dû au hasard et pourrait marquer une « limite sâcrée » de l'habitat. Des blocs alignés ayant tout autant une valeur défensive que culturelle.

Enfin, ces stèles peuvent aussi poser l'hypothèse d'un portique du même type que celui d'Entremont ou de Roquepertuse... mais aucun autre indice ne permet d'avaliser cette théorie.

 

Au début des années 1940, Fernand Benoît quitte Mouriès pour Entremont et son statuaire bien plus attirant pour un archéologue à la recherche de sâcré que les vestiges arrides des Caisses de Servanes.

 

Avec les fouilles organisées par Y. Marcadal, le site reprendra vie près d'un demi-siècle plus tard. Certains lieux gagneront des surnoms truculents comme le « chemin de la grand-mère ». En effet, les archéologues cherchant l'itinéraire qui menait les Gaulois à la source la plus proche, partirent du fait qu'il fallait que ce parcours soit possible par une personne âgée. Une fois découvert, enfin peut-être, rien n'est établi, le surnom s'imposa.

Plus amusant, « les tétons de Félicie » désignent les deux génévriers sur la falaise dont les formes sont très significatives.

 

Les différentes recherches sur le site ont permis d'établir une chronologie du site.

Sur la falaise, des niches du Néolithique final ont été mises à jour avec de nombreux « tessons ».

Le 1er village, proprement dit, dans le fond de plaine, semble dater de la fin du VIème siècle avant J.-C. Comme dans toute la Provence Antique, on peut relier cette première installation avec l'arrivée des Grecs sur les littoraux qui par sa demande de produits indigènes à fixer les populations gauloises dans des oppida véritables lieux de production.

 

Le village connaît des variations importantes d'occupation.

Dès les IVème et IIIème siècle avant J.-C, il se rétracte avant de connaître un nouveau développement à partir du IIème siècle avant J.-C jusqu'à la fin du IIIème siècle.

Y. Marcadal nous fait remarquer qu'il a retrouvé des traces d'un incendie généralisé au Ier siècle avant J.-C dont il ignore la cause réelle. Plusieurs hypothèses tout autant vraisemblables peuvent être envisagées. Le feu peut être l'oeuvre de pyromanes volontaires ou provoqué par des accidents domestiques, très nombreux à cette époque. Avec la découverte de balles de fronde, on peut aussi penser à une intervention militaire romaine mais le faible matériel militaire découvert ne permet pas d'avaliser cette hypothèse.

A la fin du IIIème siècle, on assiste encore à une rétractation de l'habitat et au départ des habitants vers les bassins de main-d'oeuvre des faubourgs en contrebas.

Ces espaces d'habitat directement liés à la production est aussi défendu par un rempart.

 

Du point de vue architectural, on peut remarquer au niveau du rempart, plusieurs superstructures comme des tours, ayant surtout des fonctions de prestige, et une série de rédents qui permettait d'avoir plusieurs angles d'attaque ou de défense.

 

A l'intérieur, les maisons se sont développées autour d'une ruelle charretière orientée Sud/Nord.

L'une d'elle paraît avoir supporté un étage car les archéologues ont retrouvé sous les traces de son incendie un véritable escalier extérieur du Ier siècle. Une maison qui devait avoir une fonction aussi de stockage puisque une fosse a été mise au jour avec une soixantaine de récipients composés de dolia et d'amphores.

Une autre au sol d'argile jaune, présente un énorme foyer sur galet et une grande banquette. A l'intérieur deux vases éclatés par la toiture écroulée sous l'effet d'un incendie. Cette maison pouvait accueillir peut-être une salle de réunion. Au Ier siècle, cette maison semble avoir été reconstruite, légèrement déplacée, en retrait de la falaise pour éviter le ruisselement. Il est amusant de constanter que lors des fouilles d'Y. Marcadal, la pièce centrale de cette maison a repris sa fonction probable de salle de réunion et de salle à manger.

Plus généralement, dans le site, les maisons augustéennes se sont superposées aux habitats antérieurs.

 

Pour des visiteurs d'aujourd'hui, il apparaît étonnant que cet oppidum se soit développé si loin d'une source d'eau potable. Cependant, M. Marcadal souligne la présence d'une source pérenne loin de l'oppidum mais accessible. Pour lui, cette problématique est un faux problème pour plusieurs raisons. En effet, d'une part, les Gaulois n'avaient pas les mêmes besoins en eau que nous, d'autre part, ils avaient un système de récupération d'eau de pluie avec une « canalisation » au bas de la falaise reliée à une citerne. Enfin, ils habitaient dans le site mais, chaque jour, ils descendaient dans la vallée pour travailler. Les fouilles récentes ont montré que les réserves alimentaires de l'oppidum ne dépassaient pas deux ou trois jours.

 

En tout, les fouilles ont permis de mettre au jour un oppidum entièrement occupé de 2,5 hectares mais l'ensemble du site s'étend sur près de 14 ha.

M. Marcadal recherche des volontaires....

 

Guillaume Rossi

 



08/09/2009

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 301 autres membres