Archéomed, l'archéologie en milieu éducatif

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Arles, MDAA, compte rendu sur l'exposition Khâemouaset, sortie du 07/01/2017

KHAEMOUASET    SAVOIR ET POUVOIR A L’EPOQUE DE RAMSES II  Musée de l’Arles antique

 

 

Le Samedi 7 Janvier 2017, les membres et les amis d'ArchéoMEd ont eu le privilège de visiter, au musée de l'Arles antique, l'exposition sur Khâemouaset sous l'éclairante conduite du commissaire de l'exposition en personne, Alain CHARRON, conservateur en chef et directeur des collections du musée. Initialement prévue pour 25 personnes maximum, la visite en a rassemblé plus de 50 !

 

Nous sommes sous le Nouvel Empire et la XIXème dynastie, au XIIIème siècle avant JC. Khâemouaset, quatrième fils de Ramsès II, va connaître un destin bien différent de celui des enfants royaux. Bien qu'ayant reçu une éducation militaire et ayant accompagné son père dans ses campagnes asiatiques (et en particulier à la fameuse bataille de Qadesh contre les Hittites), il préféra se tourner vers l'érudition, la théologie et la restauration des monuments du passé, ce qui lui valut le surnom de « prince archéologue ».

 

Le fil conducteur de l'exposition est l'articulation du savoir et du pouvoir dans l'Egypte ramesside et se déroule très clairement en trois moments principaux.

Dans un premier temps, l'exposition s'emploie à mettre en valeur l'action de Khâemouaset, grand prêtre de Ptah, dans la restauration des monuments de Memphis et son rôle dans l'extension du Serapeum de Saqqara , lieu de sépulture des taureaux Apis. Une salle est ensuite consacrée aux connaissances littéraires, historiques et scientifiques de l'Egypte ancienne, et nous découvrons, pour finir, comment le prince, après sa mort, a été mythifié et héroïsé, comme l'attestent de magnifiques papyrus mais aussi, très récemment, la bande dessinée d'Isabelle Dethan dont des planches sont exposées à l'étage.

 

Le tout est jalonné de sculptures, bijoux, amulettes, objets funéraires et papyrus d'une grande richesse, tant historique qu'esthétique, qui proviennent des collections de pas moins de huit grands musées européens, dont le Louvre et le British Museum.

 

En voici une brève sélection. Merci à notre collègue Michel Verdié pour ses photos.

 

 

 

 

Section 1    LE PERE ET LE FILS

 

 

Dès l’entrée de l’exposition se trouvent face à face le père et le fils. Ramsès y est figuré par une statue colossale tandis que le fils  l’est sous la forme d’une statue porte-enseigne, qui introduit d’emblée le rapport au divin puisque elle était généralement placée près du dieu.

Khaemwaset.jpg

Par Markh — Domaine public, Lien

 

A noter : le pagne dont le style renvoie au IIIème millénaire, signe du goût du prince pour le passé.

 

 

Section 2    KHAEMOUASET EN PRETRE SEM

 


Relief représentant le portrait de Khâemouaset en prêtre-sem* de Ptah** (Musée du Louvre)

Remarquer le collier de perles et le buste du chacal à bras humains, sur l’épaule. Sur l’avant du bras affleure la trace de la tête de léopard portée par les prêtres. Khâemouaset donna une impulsion nouvelle au culte de Ptah et à son médiateur terrestre le taureau Apis. C’est précisément dans le temple d’Apis, initié par le prince, qu’aurait été découvert ce bas-relief

 

 

*Prêtre-Sem : Prêtre qui officie dans le cadre du culte funéraire. La fonction est généralement occupée par le fils qui accomplit les rites funéraires pour son père. À Memphis, c’est le principal officiant du culte de Ptah et du taureau Apis défunt. En tant que prêtre-Sem, Khâemouaset organisa cinq fêtes-sed en l’honneur de son père. Il s’agit d’un rituel de régénération du pouvoir royal. Le jubilé devait être célébré après 30 années de règne. Ramsès II en fêtera 13 : une l’an 30 puis une tous les 2-3 ans jusqu’à la fin de son règne !

 

** Ptah est un dieu cosmogonique, créateur du monde par la parole, présenté comme l’égal, voire le rival d’Ammon. Khâemouaset donna une impulsion nouvelle au culte de Ptah et à son médiateur terrestre le taureau Apis. L’intention est sans doute de contribuer à contrebalancer l’influence du clergé d’Ammon, à Thèbes.  C’est précisément dans le temple d’Apis, initié par le prince, qu’aurait été découvert ce bas-relief.

 

 

Section 3     LE CULTE DU TAUREAU APIS DANS LE SERAPEUM DE SAQQARA

 

Khaemouaset a joué un rôle important dans le développement du Serapeum, lieu de sépulture et de culte des taureaux Apis, réceptacle terrestre du divin Ptah. Il a en particulier inauguré les petits Souterrains dans lesquels seront désormais placées les dépouilles des Apis.

 

 

Ce relief présente Apis, taureau vivant, intercesseur du dieu Ptah, sur un traîneau abrité d’une chapelle surplombée de la figure du faucon Sokar. Dans l’angle inférieur gauche, apparaît le visage d’un personnage en train d’offrir un plateau chargé d’instruments liturgiques. Il s’agit du rite de « l’ouverture de la bouche » qui avait pour but de réanimer la momie, une statue d’Apis. Une inscription identifie le « fils royal, grand-prêtre de Ptah, prêtre-S[em] », Khâemouaset.

Les Chaouabtis  trouvés en grand nombre dans les sépultures (statuettes ayant la fonction de serviteurs funéraires supposés travailler en lieu et place du défunt et lui permettre ainsi de subvenir à ses besoins « matériels » dans l’au-delà) ont été déposés par des grands personnages , attestant de l’importance politique du sanctuaire à l’époque de Ramsès II. Mariette en a exhumé aussi de magnifiques pectoraux.

 

Photo 5  pectoral  au nom de Ramsès II    

Photo 6 faucon (Horus).   Noter le célèbre bleu égyptien                                   

photo 7 : faucon à tête de bélier (Louvre)

 

 

Sections 4 et 5 LE SAVOIR

Le commentaire d’un choix d’objets exposés éclaire le visiteur sur les aspects essentiels des connaissances au temps de Ramsès II.

La première étape du savoir est la connaissance des dieux. La formation de Khâemouaset, à la fois lettré et théologien illustre parfaitement cette caractéristique.

Le terme de « littérature » n’existe pas à proprement parler : il y a plusieurs genres, dont des recueils de maximes de sagesse, comme on peut en voir des exemples sur les papyrus de Ptahhotep puis au fil du temps ( Moyen Empire) des récits empreints de merveilleux, notamment le roman de Sinouhé et plus tard, une riche littérature épistolaire.

 

Le scribe, métier suprême

Ces recueils de maximes, encore appelés Enseignements constituent le corpus de textes que les scribes apprennent à recopier, dans l’apprentissage de leur métier, exercices réalisés sur  des tessons ( ostraka), comme ceux retrouvés dans une école et exposés ici . La connaissance de différents niveaux d’écriture (du hiératique aux hiéroglyphes) fait du métier de scribe, le métier supérieur à tous les autres et « La satire des métiers », texte connu, célèbre le privilège du métier de scribe. Dans cette perspective, la statue du dieu Toth à figure de babouin qui porte des inscriptions lisibles à des degrés divers,  sorte de cryptographie, souligne aussi cette supériorité.

 

 Littérature et Histoire : importance du lien avec le passé

Ces maximes de sagesse ne sont pas seulement des supports aux exercices d’écriture. La statue de Neferrenpet, vizir de Ramsès II et grand prêtre de Ptah, à la suite de Khâemouaset, porte une inscription tirée d’un texte remontant au Moyen Empire et encore étudié sous la XIXème dynastie, dans laquelle on exhorte à la fidélité au roi. Là encore, on retrouve l’importance du lien avec le passé qui est la marque du règne de Ramsès II, et dans laquelle Khâemouaset a joué un rôle majeur

Les connaissances historiques se présentent surtout comme une remémoration de l’enchaînement des dynasties : la liste d’Abydos établit la succession des rois et reines en remontant sur huit cents ans.

 

Les sciences

Là encore, pas de recherche, si ce n’est dans les textes du passé. Pour autant, les Egyptiens ont construit un savoir empirique qui a fait la renommée des médecins égyptiens, notamment.

C’est un savoir qui repose sur l’observation et dont découle une maîtrise dans le classement des végétaux et des animaux .La notion d’espèces apparaît, ce qui explique qu’on trouve un mouflon à manchettes sur un bas-relief, à la place du bélier, traditionnellement dédié au dieu Amon.


De même, en médecine, la classification des symptômes aboutit à un diagnostic. Quant au traitement, il va de la prière et de la formule magique au remède à base de plantes, dont les vertus sont connues, voire aux mixtures à base de corne de daim ou excréments de crocodile…

 

L’astronomie

Grâce à leur sens de l’observation, mouvement des astres et crues du Nil, les Egyptiens ont établi le calcul de l’année sur 365 jours.

Sur le calendrier d’Eléphantine, on peut voit l’apparition de l’étoile Sirius, et la représentation des moissons.

 

Les techniques

La visite se poursuit avec plusieurs objets teintés de bleu, première couleur crée de façon chimique et trouvaille égyptienne.

On peut aussi admirer un bel instrument de mesure, du type de ceux qui servaient sur les chantiers de construction.

 

 

Section 6  LA TOMBE DE KHAEMOUASET ...

n’a pas été retrouvée. Sont exposés son masque mortuaire, de facture réaliste, représentant un personnage âgé, ainsi que les amulettes qui recouvraient sa momie et qui l’authentifient. La momie a été déplacée sans qu’on en sache les raisons.

 

Section 7  LA POSTERITE DE KHAEMOUASET

 

Le préambule du ch. 167 du Livre des Morts indique que ce texte aurait été découvert par Khâemouaset, grand érudit et dépositaire d’un savoir magique. En outre, le fait que son nom apparaisse sur de nombreux monuments d’époques différentes qu’il a restaurés a  contribué à renforcer cette idée d’une présence qui traverse le temps. A l’époque romaine, Khâemouaset devient un personnage romanesque qui vit des aventures extraordinaires. De fait, il continue à alimenter l’imagination, comme en témoigne l’exposition de planches de B.D réalisées par Isabelle. Dethan , qui prolonge cette visite.

 

Les deux dernières photos montrent combien notre groupe a été captivé par l’érudition et la clarté d’Alain Charron que nous remercions pour sa précieuse disponibilité.

 

       

                      Marie-Françoise et Marc LABIT

 



19/02/2017
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